CHATAIGNER castanea, (Hist. nat.) [Auteur: Daubenton, Louis Jean-Marie] (Page 3:236)

CHATAIGNER, s. m. (Hist. nat.) castanea, genre d'arbre qui porte des chatons composés de plusieurs
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étamines qui sortent d'un calice à cinq feuilles, & attachées à un axe fort mince, Les fruits, qui sont en forme de hérisson, naissent séparément des fleurs sur le même arbre: ils sont arrondis, & s'ouvrent en quatre parties, & renferment les chataignes. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Chataigner, (Jardin.) [Auteur: Daubenton, Pierre] {Machine Class: NA} (Page 3:237)

Le chataigner (Jardin.) est un grand arbre dont on fait beaucoup de cas; bien plus cependant pour l'utilit√© qu'on en retire √† plusieurs √©gards, que pour l'agr√©ment qu'il procure. Il cro√ģt naturellement dans les climats temp√©r√©s de l'Europe occidentale, o√Ļ il √©toit autrefois plus commun qu'√† pr√©sent. Il devient fort gros, & prend de la hauteur √† proportion; souvent m√™me il √©gale les plus grands ch√™nes. Sa tige est ordinairement tr√®s - droite, fort longue jusqu'aux branchages, & bien proportionn√©e: les rameaux qui forment la t√™te de l'arbre ont l'√©corce lice, brune, & marquet√©e de taches grises: ils sont bien garnis de feuilles oblongues, assez grandes, dentel√©es en fa√ßon de scie, d'une verdure agr√©able, & qui donnent beaucoup d'ombrage. Il porte au mois de Mai des chatons qui sont de la longueur du doigt, & d'un verd jaun√Ętre. Les fruits viennent ordinairement trois ensemble, & s√©par√©ment des chatons, dans une bourse h√©riss√©e de pointes, qui s'ouvre d'elle - m√™me sur la fin de Septembre, tems de la maturit√© des chataignes.

Cet arbre par sa stature & son utilité, a mérité d'être mis au nombre de ceux qui tiennent le premier rang parmi les arbres forestiers; & on est généralement d'accord que ce n'est qu'au chêne seul qu'il doit céder. Quoiqu'à quelques égards il ait des qualités qui manquent au chêne, l'accroissement du chataigner est du double plus prompt: il jette plus en bois; il réussit à des expositions & dans des terreins moins bons, & il est bien moins sujet aux insectes.

Le bois du chataigner est de si bonne qualit√©, qu'il fait regretter de ne trouver que rarement √† pr√©sent des for√™ts de cet arbre, qui √©toit autrefois si commun. Nous voyons que les charpentes de la pl√Ľpart des anciens b√Ętimens sont faites de ce bois, sur - tout des poutres d'une si grande port√©e, qu'elles font juger qu'il auroit √©t√© extr√®mement dispendieux & difficile de les faire venir de loin, & qu'on les a tir√©es des for√™ts voisines. Cependant on ne trouve plus cet arbre dans les for√™ts de plusieurs provinces, o√Ļ il y a quantit√© d'anciennes charpentes de chataigner. Mais √† quoi peut - on attribuer la perte de ces arbres, si ce n'est √† l'intemp√©rie des saisons, √† des hyvers longs & rigoureux, ou √† des chaleurs excessives accompagn√©es de grande s√©cheresse? Ce dernier incident paro√ģt plus probablement avoir √©t√© la cause de la perte des chataigners dans plusieurs contr√©es. Cet arbre se pla√ģt sur les croupes des montagnes expos√©es au nord, dans les terreins sablonneux, & sur - tout dans les plants propres √† retenir ou √† recevoir l'humidit√©: ces trois circonstances indiquent √©videmment que de longues s√©cheresses & de grandes chaleurs sont tout ce qu'il y a de plus contraire aux for√™ts de chataigner. Si l'on objectoit √† cela qu'il se trouve encore √† pr√©sent une assez grande quantit√© de ces arbres dans des pays plus m√©ridionaux que ceux o√Ļ l'on pr√©sume que les chataigners ont √©t√© d√©truits, par la quantit√© qu'on y voit des charpentes du bois de cet arbre, & que par cons√©quent ce ne doit √™tre ni la chaleur ni la s√©cheresse qui les ayent fait p√©rir: on pourroit r√©pondre que ces pays plus pr√®s du midi o√Ļ il se trouve √† pr√©sent des chataigners, tels que les montagnes de Galice & les Pyren√©es en Espagne; les C√©vennes, le Limosin, le Vivar√®s, & le Dauphin√© en France, & les c√īteaux de l'Appennin en Italie, sont plus √† port√©e de recevoir de la fra√ģcheur & de l'humidit√©, que le climat de Paris, par exemple, quoique beaucoup plus septentrional; par la raison, que les neiges √©tant plus abondantes, & s√©journant plus long - tems sur les montagnes des pays que nons venons de nommer, que par - tout ailleurs, entretiennent jusque bien avant dans l'√©t√© l'humillit√© qui est si n√©cessaire aux chataigners. Mais, dira - t - on, si ces arbres avoient √©t√© d√©truits par telles influences on intemp√©ries que ce puisse √™tre, pourquoi ne se seroient - ils pas repeupl√©s par succession de tems, & dans des r√©volutions de saisons plus favorables, comme nous voyons qu'il arrive aux autres arbres de ce climat, qui s'y multiplient de proche en proche par des voies toutes simples? Les vents, les oiseaux, & quelques animaux, chassent, transportent, & dispersent les semences ail√©cs, les baies, les glands, &c. & concourent plus efficacement que la main d'homme √† √©tendre la propagation des v√©g√©taux. Mais je crois qu'on peut encore rendre raison de ce que la nature semble se refuser en effet au repeuplement du chataigner. Il faut √† cet arbre une exposition & un terrein tr√®s - convenable, sans quoi il s'y refuse absolument; ce qui arrive beaucoup moins aux autres arbres de ce climat, qui viennent presque dans tous les terreins in diff√©remment; avec cette diff√©rence seulement qu'ils font peu de progr√®s dans ceux qui leur conviennent moins, au lieu que le chataigner en pareil cas d√©p√©rit sensiblement, m√™me malgr√© les secours de la culture. A quoi on peut ajo√Ľter que les v√©g√©taux ont, comme l'on sait une sorte de migration qui les fait passer d'un pays √† un autre, √† mesure qu'ils se trouvent contrari√©s par les influences de l'air, par l'intemp√©rie des saisons, par l'alt√©ration des terreins, ou par les changemens qui arrivent √† la surface de la terre: en effet, c'est peut - √™tre sur - tout par les grands d√©frichemens qui ont √©t√© faits, qu'en supprimant quantit√© de for√™ts, les vapeurs & les ros√©es n'ayant plus √©t√© ni si fr√©quentes ni si abondantes, il en a r√©sult√© apparemment quelque d√©chet dans l'humidit√© qui est si favorable √† la r√©ussite & au progr√®s des chataigners. On voit cependant que dans quelques provinces septentrionales de ce royaume, la main d'homme est venue √† bout d'√©lever plusieurs cantons de chataigners, qui ont d√©j√† r√©ussi, ou qui promettent du progr√®s. Cet arbre m√©rite la pr√©s√©rence sur tant d'autres, qu'il faut esp√©rer qu'on s'efforcera de le r√©tablir dans tous les terreins qui pourront lui convenir.

Exposition, terrein. La principale attention qu'on doive donner aux plantations de chataigners, est de les placer √† une exposition & dans un terrein qui leur soient propres; car si ce point manque, rien ne pourra y suppl√©er. Cet arbre aime les lieux frais, noirs, & ombrageux, les croupes des montagnes tourn√©es au nord ou √† la bise: il se pla√ģt dans les terres douces & noir√Ętres, dans celles qui, quoique fines & l√©geres, ont un fond de glaise; & mieux encore dans les terreins dont le limon est m√™l√© de sable ou de pierrailles: il se contente aussi des terreins sablonneux, pourv√Ľ qu'ils soient humides, ou tout au moins qu'ils ayent de la profondeur: mais il craint les terres rouges, celles qui sont trop dures, & les mar√©cages: enfin il se refuse √† la glaise & √† l'argile, & il ne peut souffrir les terres jaun√Ętres & sal√©es.

Lorsque ces arbres se trouvent dans un sol convenable, ils forment les plus belles futaies; ils deviennent très - grands, très - droits, & extrèmement gros: ils souffrent d'être plus serrés entre eux que les chênes, & ils croissent du double plus promptement. Le chataigner est aussi très - bon à faire du bois taillis: il donne de belles perches; & au bout de vingt ans il forme déjà de joli bois de service.

Semence des chataignes. On peut les mettre en terre dans deux tems de l'ann√©e; en automne, aussi - t√īt

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qu'elles sont en maturit√©; ou au printems, d√®s qu'on peut cultiver la terre. Ces doux saisons cependant ont chacune lour inconv√©nient: si on seme les chataignes en automne, qui seroit bien le tems le plus convenable, elles sont expos√©es √† servir de nourriture aux rats, aux mulots, aux taupes, &c. qui en sont tr√®s - friands, & qui les d√©truisent presque entierement, sur - tout lorsqu'elles ont √©t√© sem√©es en sillon, ce qui est n√©anmoins la meilleure pratique: ces animaux suivent toutes les traces de la terre fra√ģchement remu√©e, & n'y laissent rien de ce qui peut les nourrir; c'est ce qui d√©termine souvent √† ne semer les chataignes qu'au printems; & dans ce cas il faut des pr√©cautions pour les conserver jusqu'√† cette saison: si on n'en veut garder qu'une m√©diocre quantit√©, on les √©tend d'abord sur un grenier, o√Ļ on les laisse pendant quinze jours suer & dissipper leur humidit√© superflue; on les met ensuite entre des lits de sable alternativement dans des caisses ou mannequins, qu'il faut resserrer dans un lieu sec & √† couvert des gel√©es, d'o√Ļ on ne les retirera que pour les semer aussi - t√īt que la saison le permettra, dans le mois deF√©vrier ou au commencement deMars: en diff√©rant davantage, les germes des chataignes deviendroient trop longs, tortus, & seroient sujets √† se rompre en les tirant des mannequins ou en les plantant. Mais si l'on veut en garder une quantit√© suffisante pour de grandes plantations, comme il seroit embarrassant en ce cas de les resserrer dans des mannequins, on pourra l√®s faire passer l'hyver dans un conservatoire en plein air: on les √©tendra d'abord pour cet effet dans un grenier, comme nous l'avons d√©j√† dit, √† mesure qu'on les rassemblera, pendant trois semaines ou un mois: pour se d√©barrasser apr√®s cela de celles qui sont inf√©condes, bien des gens veulent qu'il faille les √©prouver en les mettant dans un baquet d'eau, o√Ļ toutes celles qui surnageront seront rejettables, quoiqu'il soit bien av√©r√© par l'exp√©rience qui en a √©t√© faite, que de celles - l√† m√™me il en a r√©ussi le plus grand nombre: on fera rapporter sur un terrein sec un lit de terre meuble de deux ou trois pouces d'√©paisseur, & d'une √©tendue proportionn√©e √† la quantit√© des semences; on y mettra ensuite un lit de chataignes de m√™me √©paisseur, & ainsi alternativement un lit de terre & un lit de chataignes, sur lesquelles il doit y avoir enfin une √©paisseur de terre de six pouces au moins, pour emp√™cher la gel√©e, dont on se garantira encore plus s√Ľrement en r√©pandant de la grande paille par dessus.

Plantations en grand. Sur la fa√ßon de faire ces plantations, nous rapporterons ce que Miller en a √©crit. ¬ę Apr√®s avoir fait, dit - il, deux ou trois labours √† la charrue pour d√©truire les mauvaises herbes, vous ferez des sillons √† environ six pi√©s de distance les uns des autres, dans lesquels vous mettrez les chataignes √† dix pouces d'intervalle, & vous les recouvrirez d'environ trois pouces de terre: quand les chataignes auront lev√©, vous aurez grand soin de les nettoyer des mauvaises herbes; & apr√®s trois ou quatre ans, si elles ont bien r√©ussi, vous en enleverez plusieurs au printems, & ne laisserez que les plants qui se trouveront √† environ trois pi√©s de distance dans les rang√©es: cet intervalle leur suffira pendant trois ou quatre ans encore, apr√®s lesquels vous pourrez √īter un arbre alternativement pour laisser de l'espace aux autres, qui se trouveront par ce moyen √† six pi√©s de distance: ils pourront rester dans cet √©tat jusqu'√† ce qu'ils ayent huit ou dix ans, & qu'ils soient assez gros pour faire des cerceaux, des perches de houblonniere, &c. √† quoi on doit l'employer pr√©f√©rablement √† tous autres arbres. Alors vous couperez encore jusqu'aupr√®s de terre une moiti√© de vos plants, en choisissant alternativement les plus foibles; & tous les dix ans on pourra y faire une nouvelle coupe qui payera l'int√©r√™t du terrein, & les autres charges accessoires, sans compter qu'avec cela il restera une bonne quantit√© d'arbres destin√©s √† venir en futaie, qui continueront de prendre de l'accroissement, & enfin assez de volume pour que l'espace de douze pi√©s en quarr√© ne leur suffise plus: ainsi lorsque ces arbres seront de grosseur √† en pouvoir faire de petites planches, vous porterez la distance √† vingt - quatre pi√©s quarr√©s, en abattant alternativement un arbre; ce qui leur suffira alors pour les laisser cro√ģtre, & pour donner de l'air au taillis, qui par ce moyen profitera consid√©rablement; & les coupes qu'on en fera payeront avec usure les d√©penses faites pour la plantation, l'int√©ret du terrein, & tous autres frais; de sorte que tous les grands arbres qui resteront seront en pur profit. Je laisse √† penser √† tout le monde quel grand bien cela deviendroit pour un h√©ritier au bout de quatre - vingts ans, qui est le tems o√Ļ ces arbres auront pris leur entier accroissement. ¬Ľ

Il y a encore une fa√ßon de faire de grandes plantations de chataigners, que l'on pratique √† pr√©sent assez ordinairement, & dont on se trouve mieux que de semer les chataignes dans des sillons. On fait des trous moyens √† des distances √† - peu - pr√®s uniformes, & qui se reglent selon la qualit√© du terrein; on plante ensuite trois ou quatre chataignes sur le bord de chaque trou, dans la terre meuble qui en est sortie: deux ou trois ans apr√®s, on peut faire arracher les plants foibles & superflus, & en hasarder la transplantation dans les places vuides, o√Ļ il faudra les couper ensuite √† un pouce au - dessus de terre. La raison qui a fait imaginer & pr√©f√©rer cette m√©thode, est sensible. Les plantations de chataigner se font ordinairement dans des terreins sablonneux, comme les plus convenables en effet, & ceux en m√™me - tems qui ont le plus besoin qu'on y m√©nage l'humidit√© possible; les chataignes d'ailleurs veulent trouver quelque facilit√© la premiere ann√©e pour lever & faire racine. Les trous dont on vient de parler, r√©unissent ces avantages; la terre meuble qui est autour fait mieux lever les chataignes; & le petit creux qui se trouve √† leur port√©e, favorise le progr√®s des racines qui cherchent to√Ľjours √† pivoter, & leur procure de la fra√ģcheur en rassemblant & en conservant l'humidit√©.

Semence des chataignes en pepiniere, transplantation. Quand on n'a que de petites plantations à faire, qui peuvent alors être mieux soignées, on seme les chataignes en rayon dans de la terre meuble, préparée à l'ordinaire & disposée en planches; on laisse six pouces de distance entre les rayons, & on y met les chataignes à quatre pouces les unes des autres, & à trois de profondeur: en leur supposant ensuite les soins usités de la culture, on pourra au bout de deux ans les mettre en pepiniere, en rangées de deux à trois piés de distance, & les plants au moins à un pié l'un de l'autre: le mois d'Octobre sera le tems le plus propre à cette opération dans les terreins secs & legers; & la fin de Février, pour les terres plus fortes & un peu humides. Les dispositions qui doivent précéder, seront d'arracher les plants avec précaution, d'étêter ceux qui se trouveront foibles ou courbes, & de retrancher le pivot à ceux qui en auront un. La culture que ces plants exigeront ensuite pendant leur séjour dans la pepiniere, sera de leur donner un leger labour au printems, de les sarcler au besoin dans l'été, de leur retrancher peu - à - peu les branches latérales, & de receper à trois pouces au - dessus de terre ceux qui seront rasaux ou languissans, pour les faire repousser vigoureusement. Après trois ou quatre ans, on

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pourra les employer √† former des avenues, √† faire du couvert, ou √† garnir des bosquets. Ces arbres, ainsi que le ch√™ne & le noyer, ne gagnent jamais √† la transplantation, qu'il faut √©viter au contraire si l'on se propose de les laisser cro√ģtre en futaie; parce que le chataigner a le pivot plus gros & plus long qu'aucun autre arbre; & comme il craint de plus le retranchement des branches un peu grosses, on doit se dispenser autant qu'il se peut de les √©t√™ter en les transplantant.

Greffe. Si l'on veut cultiver le chataigner pour en avoir de meilleur fruit, il faut le greffer; & alors on l'appelle marronnier. La fa√ßon la plus en usage d'y proc√©der, a √©t√© pendant long - tems la greffe en fl√Ľte; parce qu'en effet cette greffe r√©ussit mieux sur le chataigner que sur aucun autre arbre: mais comme l'ex√©cution en est difficile & souvent hasard√©e, la greffe en √©cusson est √† pr√©sent la plus usit√©e pour cet arbre, sur lequel elle r√©ussit mieux √† la pousse qu'√† oeil dormant. On peut aussi y employer la greffe en fente, qui profite tr√®s - bien quand elle reprend; mais cela arrive rarement.

Le chataigner peut encore se multiplier de branches couchées; cependant on ne se sert guere de ce moyen, que pour se procurer des plants d'arbres étrangers de son espece.

Usages du bois. C'est un excellent bois de charpente & le meilleur de tous apr√®s le ch√™ne, dont il approche n√©anmoins de fort pr√®s pour la masse, le volume, & la qualit√© du bois, quoique blanc & d'une duret√© m√©diocre; on y distingue tout de m√™me le coeur & l'aubier. Pour bien des usages, il est aussi bon que le meilleur ch√™ne; & pour quelques cas, il est m√™me meilleur, comme pour des vaisseaux √† contenir toutes sortes de liqueurs: car quand une fois il est bien saisonn√©, il a la propri√©t√© de se maintenir au m√™me point sans se gonfler ni se gerser, comme font presque tous les autres bois. Celui du chataigner est d'un tr√®s - bon usage pour toutes sortes de gros & menus ouvrages; on l'employe √† la menuiserie, on en fait de bon mairrein, des palissades, des treillages, & des √©chalas pour les vignes, qui √©tant mis en oeuvre m√™me avec leur √©corce, durent sept ans, au lieu que tout autre bois ne s'y so√Ľtient que la moiti√© de ce tems: on en fait aussi des cercles pour les cuves & les tonneaux; on s'en sert pour la sculpture; enfin on peut l'employer √† faire des canaux pour la conduite des eaux: il y r√©siste plus long - tems que l'orme & que bien d'autres arbres. Mais ce bois n'est pas comparable √† celui du ch√™ne pour le chauffage, pour la qualit√© du charbon, & encore moins pour celle des cendres. Le bois du chataigner petille au feu, & rend peu de chaleur; son charbon s'√©teint promptement, ce qui a n√©anmoins son utilit√© pour les ouvriers qui se servent des forges; & si on employe ses cendres √† la lessive, le linge en est tach√© sans remede.

Chataignes. Le fruit de cet arbre est d'une tr√®s grande utilit√©; le climat contribue beaucoup √† lui donner de la qualit√©, & sur - tout de la grosseur. Les chataignes de Portugal sont plus grosses que les n√ītres, & celles d'Angleterre sont les plus petites. On pr√©tend que pour qu'elles se conservent longtems, il faut les abattre de l'arbre avant qu'elles tombent d'elles - m√™mes. La r√©colte n'en est pas √©gale chaque ann√©e; ces arbres ne produisent abondamment du fruit que de deux ann√©es l'une: on le conserve en le mettant par lits dans du sable bien sec, dans des cendres, dans de la fougere, ou en le laissant dans son brou. Les montagnards vivent tout l'hyver de ce fruit, qu'ils font s√©cher sur des claies & qu'ils font moudre apr√®s l'avoir pel√© pour en faire du pain, qui est nourrissant, mais fort lourd & indigeste. Voyez ci - apr√®s Chataignes.

Feuilles. Une belle qualit√© de cet arbre, c'est qu'il n'est nullement sujet aux insectes, qui ne touchent point √† ses feuilles tant qu'ils trouvent √† vivre sur celles des autres arbres; apparemment parce que la feuille du chataigner est dure & seche, ou moins de leur go√Ľt. Les pauvres gens des campagnes s'en servent pour garnir des lits au lieu de plume; & quand on les ramasse aussit√īt qu'elles sont tomb√©es de l'arbre & avant qu'elles soient mouill√©es, on en fait de bonne litiere pour le b√©tail.

On conno√ģt encore d'autres especes de cet arbre, & quelques vari√©t√©s.

Le marronnier n'est qu'une vari√©t√© occasionn√©e par la greffe, qui perfectionne le fruit en lui donnant plus de grosseur & plus de go√Ľt: du reste l'arbre ressemble au chataigner. Les marronniers ne r√©ussissent bien en France que dans les montagnes de la partie m√©ridionale, comme dans les C√©vennes, le Vivar√®s, & le Dauphin√©, d'o√Ļ on les porte √† Lyon; c'est ce qui les fait nommer marrons de Lyon. Voyez Marron.

Le marronnier √† feuilles panach√©es; c'est un fort bel arbre dans ce genre, pour ceux qui aiment cette sorte de vari√©t√©, qui n'est occasionn√©e que per une espece de maladie de l'arbre; aussi ne s'√©leve - t - il dans cet √©tat jamais autant que les autres marronniers. On peut le multiplier par la greffe en √©cusson, & encore mieux en approche sur le chataigner ordinaire. Il lui faut un terrein sec & leger pour faire durer la bigarrure de ses feuilles, qui fait tout son merite: car dans un meilleur terrein, l'arbre reprend sa vigueur, & le panach√© disparo√ģt peu - √† - peu.

Le petie chataigner √† grappes: on croit que ce n'est qu'une vari√©t√© accidentelle du chataigner ordinaire, & non pas une espece distincte & constante. Miller dit, qu'il ne vaut pas la peine d'√™tre cultiv√©; & au rapport de Ray, sa chataigne qui n'est pas plus grosse qu'une noisette, est de mauvais go√Ľt.

Le chataigner de Virginie ou le chinkapin. Le chinkapin, quoique tr√®s - commun en Am√©rique, est encore fort rare, m√™me en Angleterre, o√Ļ cependant on est si curieux de faire des collections d'arbres √©trangers: aussi je n'en parlerai que d'apr√®s Catesby & Miller; ce n'est pas que cet arbrisseau soit d√©licat, ou absolument difficile √† √©lever: mais sa raret√© vient du d√©faut de pr√©caution dans l'envoi des graines, qu'on n√©glige de mettre dans du sable, pour les conserver pendant le transport. Le chinkapin s'√©leve rarement en Am√©rique √† plus de seize pi√©s, & pour l'ordinaire il n'en a que huit ou dix; il prend par proportion plus de grosseur que d'√©l√©vation: on en voit souvent qui ont deux pi√©s de tour. Il cro√ģt d'une fa√ßon fort irr√©guliere; son √©corce est raboteuse & √©caill√©e; ses feuilles d'un verd fonc√© en - dessus & blanch√Ętres en - dessous, sont dentel√©es & plac√©es alternativement: elles ressemblent d'ailleurs √† celles de notre chataigner, si ce n'est qu'elles sont beaucoup plus petites. Il porte au printems des chatons assez semblables √† ceux du chataigner ordinaire. Il produit une tr√®s - grande quantit√© de chataignes d'une figure conique, de la grosseur des noisettes, & de la m√™me couleur & consistance que les autres chataignes; l'arbrisseau les porte par bouquets de cinq ou six qui pendent ensemble, & qui ont chacune leur enveloppe particuliere: elles m√Ľrissent au mois de Septembre, elles sont douces & de meilleur go√Ľt que nos chataignes; les Indiens qui en font grand usage, les ramassent pour leur provision pendant l'hyver. Le chinkapin est f\si robuste, qu'il resiste en Angleterre aux plus grands hyvers en pleine terre; il craint au contraire les grandes chaleurs qui le font p√©rir, sur - tout s'il se trouve dans un terrein fort sec: il se pla√ģt dans celui qui est m√©diocrement humide; car si l'eau y s√©journoit

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long - tems pendant l'hyver, cela pourroit le faire p√©rir. Il n'est guere possible de le multiplier autrement que de semences, qu'il faut mettre en terre aussit√īt qu'elles sont arriv√©es; & si l'hyver qui suivra √©toit rigoureux, il sera √† - propos de couvrir la terre avec des feuilles, du tan, ou du chaume de pois, pour emp√™cher la gel√©e d'y p√©n√©trer au point de g√Ęter les semences. On a essay√© de le greffer en approche sur le chataigner ordinaire; mais il r√©ussit rarement par ce moyen.

Le chataigner d'Am√©rique √† larges feuilles & √† gros fruit. La d√©couverte de cet arbre est d√Ľe au P. Plumier, qui l'a trouv√© dans les √©tablissemens fran√ßois de l'Am√©rique. Cet arbre n'est point encore commun en France, & il est extr√®mement rare en Angleterre: on peut s'en rapporter √† Miller, qui n'a parl√© de cet arbre que dans la sixieme √©dition de son dictionnaire, qui a paru en 1752; o√Ļ il dit qu'il n'a encore v√Ľ que trois ou quatre jeunes plants de cet arbre qui n'avoient fait qu'un tr√®s - petit progr√®s; qu'on peut faire venir de la Caroline, o√Ļ il cro√ģt en abondance, des chataignes, qu'il faudra semer comme celles de chinkapin, & soigner de m√™me, & qu'elles pourront r√©ussir en plein air dans une situation abrit√©e: qu'au surplus, cet arbre ne differe du chataigner ordinaire, que parce qu'il y a quatre chataignes renferm√©es dans chaque bourse; au lieu que l'espece commune n'en a que trois: que la bourse ou enveloppe ext√©rieure qui renferme les quatre chataignes, est en effet tr√®s - grosse & si √©pineuse, qu'elle est aussi incommode √† manier que la peau d'un h√©risson; & que ces chataignes sont tr√®s - douces & fort saines, mais pas si grosses que les n√ītres. (c)

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une Société de Gens de lettres (1751-1772)
Publié sous la direction de Diderot et d'Alembert
Scanné et mis au format électronique par l'Université de Chicago