Chant de la plus haute feuille

Sur la plus haute branche
Langue vibrante au vent
La feuille la plus haute
Chante l'arbre vivant.

L'avide ver, la taupe
Savent-ils mieux que moi
S'enfoncer dans l'épaule
Maternelle où je bois?

O volupté de n'être
Jamais séparé du
Ventre qui me fit naître
Tel un enfant perdu.

Le martinet, la grive
Mieux que moi goûtent-ils
Cette ivresse de vivre
Dans l'air, de l'air subtil?

Par tant de bouches vertes
J'absorbe jour et nuit.
Feuilles! lèvres offertes
Aux lèvres de la pluie

Feuilles, mains palpitantes
Vous palpez dans l'air pur
Les brises fécondantes
La place du fruit mûr...

Pierre Mathias (1907 - 1974)