transparent

Noyer

Dans l'Encyclopdie ou Dictionnaire raisonn des sciences, des arts et des mtiers, par une Socit de Gens de lettres (Page 11:269)

Noyer, nux juglans, (Jardinage.) grand arbre que l'on cultive pour son fruit dans les pays mridionaux de l'Europe. Il y a aussi des noyers dans l'Amrique septentrionale, mais fi peu ressemblans aux ntres, & si diffrens entr'eux, qu'il faudra en traiter sparment. Le noyer d'Europe fait rarement une tige droite; il s'leve une grande hauteur, son tronc devient trs - gros, & sa tte se garnit de quantit de rameaux qui s'tendent considrablement; ses racines sont longues, fortes, peu garnies de fibres, & elles ont communment un pivot; son corce est verte sur les rameaux de l'anne, brune sur ceux de la seconde, ensuite s'claircissant peu - - peu les deux ou trois annes suivantes, elle devient d'une couleur de cendre blanchtre; elle est unie jusqu' l'ge de 25 30 ans, aprs quoi elle contracte peu - - peu de fortes gersures qui en ternissent la couleur: sa feuille est grande, d'un verd clair, & d'une odeur forte & dsagrable; elle est compose de plusieurs follioles ranges sur un filet commun au nombre de 5, 7, 9, & quelquefois de 11 dans la jeunesse, & la premiere force de l'arbre. Sur la fin d'Avril, le noyer donne quantit de chatons longs & pendans. Le fruit parot vers le milieu du mois de Mai sparment des chatons: il nat au bout des nouvelles pousses les plus foibles. Ce fruit est la noix qui est connue de tout le monde. Elle est renferme dans une coquille ligneuse qui est couverte d'une cale verte, charnue, que l'on nomme le brou. Cet arbre est robuste, il se multiplie aisment, son accroissement est prompt, & il est d'une si grande utilit qu'on peut tirer du service de toutes les parties qui le composent.

Le noyer se plat dans les gorges des montagnes & dans les coteaux, l'exposition du nord & du levant: l'extrme chaleur lui est plus nuisible que le froid. Il aime sur - tout les terres mles de pierrailles, de gravier, ou de sable, & dans tous les terreins o la vigne se plat, pourvu qu'il y ait de la profondeur & de la fracheur. Il vient fort bien dans les terres franches, marneuses ou crtaces, & dans toutes les terres bl: on l'a v russir sur le tuf o l'on s'est assr que ses racines avoient pnetr jusqu' sept pis de profondeur. Je l'ai fait venir de semence dans une terre dure & trs - forte, [p. 270] dans une glaise un peu humide, mais au grand retard de son accroissement. On peut dire que cet arbre vient assez gnralement par - tout, si ce n'est que plus la terre est riche, plus il lui faut de culture. Aussi se refuse - t - il dans les prairies, dans un sol habituellement humide, & dans les terres en sainfoin, en luzerne, &c. J'ai v mme des noyers vigoureux & dans leur force dprir en trois annes, aprs qu'on et mis du sainfoin dans le terrein o ils toient: ce qui ayant dtermin le propritaire dtruire cette herbe, ils reprirent vigueur dans pareil espace de tems.

Il n'est qu'un seul moyen de multiplier le noyer: c'est d'en semer les noix. Sur quoi je dois observer que si on se propose d'lever des noyers uniquement pour tirer parti de leur bois, il faut semer les noix en place; c'est la seule faon d'avoir de beaux arbres, & d'en acclerer l'accroissement: car en les transplantant, on dtruit le pivot, ce qui empche l'arbre de s'lever. Si l'on veut au contraire elever des noyers pour en avoir du fruit, il faut les transplanter plusieurs fois: on a par ce moyen de plus belles noix, plus promptement, & en plus grande quantit. On peut semer les noix en automne, ou au printems. Leur maturit s'annonce lorsqu'elles commencent tomber de l'arbre: il faut alors les faire abattre, & prfrer celles qui ont la coquille blanche & tendre. Si l'on veut les semer en automne, il faudra, aprs en avoir t le brou, les laisser suer & rendre dans le grenier l'humidit superflue jusqu' la fin d'Octobre ou au commencement de Novembre. Mais si l'on prend le parti d'attendre le printems, il sera - propos de les conserver avec leur brou dans du sable jusqu' la fin de Fvrier, ou jusqu' ce que la saison permette de travailler la terre. Si on diffroit un mois de plus, le germe des noix tant trop form, seroit sujet ou tre rompu, ou se desscher. Si d'un autre ct on ne les mettoit pas dans le sable pendant l'hiver, il en manqueroit au - moins la moiti: il faut dans ce dernier cas les faire tremper pendant deux ou trois jours, & rejetter celles qui surnagent. Pour semer des noix, il faut peu de recherche sur la qualit du terrein, il suffira qu'il soit en culture. On les plante de deux ou trois pouces de profondeur avec un piquet 8 ou 10 pouces de distance en ranges loignes de 2 pis les unes des autres. Au bout de 2 ans, ou de trois au plus, il faut transplanter les jeunes plantes, afin de supprimer leur pivot, leur faire jetter des racines latrales & faciliter la reprise lorsqu'il sera question de les transplanter demeure; car on a souvent v des noyers de six ou sept ans qu'on n'avoit pas dplacs, qui n'avoient absolument que le pivot, de faon qu'aucuns de ceux - l ne reprenoient. Il faut donc les transplanter deux ou trois ans, sans rien retrancher du sommet, dans un autre endroit de la pepiniere un pi & demi de distance en ranges loignes de deux pis & demi ou trois pis. Au bout de trois ou quatre ans, lorsqu'ils auront sept huit pis de hauteur, ils seront en tat d'tre transplants demeure. L'automne est toujours le tems le plus convenable pour cette opration; on doit, en les arrachant, bien mnager leur racine, les accourcir fort peu, ne retrancher que les branches latrales, & sur - tout conserver le sommet de l'arbre. Il faudra les soigner pendant trois annes, aprs quoi ils iront bien d'eux - mmes. Mais il est trs - certain que la transplantation leur cause beaucoup de retard: car une noix seme & cultive surpassera au bout de quelques annes un noyer de dix ans que l'on aura transplant dans le mme tems. Cet arbre commence donner quelque fruit au bout de sept ans de semence, & il est sa perfection lorsqu'il est g d'environ 60 ans.

Quelques gens prtendent qu'on peut greffer les noyers les uns sur les autres; ils conviennent en mme tems qu'on ne peut se servir pour cela que de la greffe en sifflet, & il parot sur le propre allgu que le succs en est assez incertain. Voyez ce que conseille M. Cabanis, qui a fait quelques expriences ce sujet au Journal de Verdun, Mars, Juillet & Septembre 1739.

Le noyer, loin d'tre sujet aux attaques des insectes, a au contraire la vertu de les chasser. On a prtendu que son ombre toit nuisible aux hommes & aux vgtaux: quant aux premiers, on attribue l'ombre le mal de tte que l'odeur forte des feuilles peut causer aux gens foibles & dlicats: l'gard des vgtaux, le noyer leur nuit moins par son ombre que par le dgouttement de ses feuilles. Elles empreignent toute l'eau qui les touche d'un suc huileux ml d'amertume, qui est fort contraire la vgtation. Le noyer d'ailleurs par la force de ses rameaux & la vigueur de son accroissement ne souffre pas d'autres arbres dans un voisinage immdiat. Il s'tend si considrablement en tout sens qu'on ne peut guere mettre ces arbres plus proche de 30 ou 40 pis les uns des autres. Lorsqu'on les met dans des terres labourables, leurs racines ne font aucun obstacle la charrue. On prtend que les cendres sont le seul engrais qui convienne au noyer. Si l'on fait une incision cet arbre au printems, il en sort une liqueur abondante qui peut servir de boisson.

On tire du noyer quantit de service; tout le monde sait que les noix sont bonnes manger, & qu'elles valent mieux en cerneaux que lorsqu'elles sont desseches. Il est vrai que dans ce dernier tat elles sont dures, huileuses, mal - saines, & de difficile digestion: on en tire une huile qui sert quantit d'usages. Plus les noix sont vieilles, plus elles rendent d'huile; mais c'est aux dpens de la qualit qui est meilleure, lorsque l'on tire l'huile aussitt que les noix sont bien seches. Les Teinturiers se servent de la racine, de l'corce, de la feuille & du brou des noix pour teinter les toffes en fauve, en caff & en couleur de noisette. Ils emploient cette fin la racine avant que l'arbre soit en seve, l'corce lorsque la seve entre en mouvement, les feuilles lorsque les noix sont demi - formes, & le brou dans le tems des cerneaux. On confit les noix, on en fait un ratafia de sant, on les grille au sucre. Enfin la poudre des chatons, la dcoction des feuilles & l'huile sont de quelqu'usage en mdecine.

Le bois du noyer est brun, vein, solide, liant, assez plein & facile travailler. Le bois des arbres qui sont venus sur des cteaux & dans des terres mdiocres est plus vein & plus charg de la couleur brune que ceux qui ont pris leur croissance dans le pays plat & dans les bonnes terres, & les jeunes arbres sont bien moins veins & colors que les vieux. Il faut qu'ils aient un pi & demi, & jusqu' deux pis de diametre pour tre perfectionns cet gard. Les arbres plus jeunes ont plus d'aubier, & cet aubier est trop sujet la vermoulure; au - lieu que le coeur de l'arbre, loin d'avoir ce dfaut, est de trs - longue dure, mais on peut prvenir la vermoulure, & rendre l'aubier d'aussi bon service que le coeur, en faisant tremper le bois dans de l'huile de noix bouillante. Ce bois lorsqu'il est dans sa perfection est le plus beau des bois de l'Europe. Il toit fort pris, & on en faisoit les plus beaux meubles avant la dcouverte de l'Amrique, d'o on a tir des bois infiniment plus prcieux. Ce bois n'est sujet ni se gerser, ni se tourmenter; c'est le plus convenable de tous les bois de l'Europe pour faire des meubles, & c'est aussi le plus cher lorsqu'il est bien vein; aussi est - il trs - recherch, ainsi que les racines, par les Menuisiers, les Ebnistes [p. 271], les Armuriers, les Sculpteurs, les Carrossiers, les Luthiers, les Tourneurs, les Boisseliers, les Relieurs, les Maroquiniers, &c. enfin il peut servir au chaussage lorsqu'il est bien sec, il fait un feu doux, mais point de charbons.

Il y a plusieurs sortes de noyers, entre lesquels il faut principalement distinguer les noyers d'Europe de ceux d'Amrique. Ceux - ci sont trs - diffrens des premiers, & ont entr'eux encore plus de diffrence. Les productions de cette derniere partie du monde sont d'une varit infinie, qui l'emporte pour la beaut, l'agrment & la singularit. Il est vrai que les fruits ne sont pas l gnralement de si bonne qualit que les ntres. On n'toit guere plus avanc pour les fruits en Europe du tems des Romains; les especes de fruits que l'on connoissoit alors toient en petit nombre & de mdiocre qualit. Il y a donc lieu de prsumer que quand on aura sem les graines d'Amrique dans diffrens terreins & pendant autant de tems, on obtiendra des fruits tout aussi varis & d'aussi bonne qualit.

Noyers d'Europe. 1. Le noyer ordinaire, c'est l'espece qui se trouve le plus communment.

2. Le noyer gros fruit ou la grosse noix a les feuilles plus grandes que les autres noyers, sa noix est beaucoup plus grosse, son accroissement est plus prompt, & il fait un plus grand arbre; mais son bois n'est pas si vein, ni si color, & sa noix n'est bonne qu'on cerneaux & confire: elle est si molasse qu'elle se ride & diminue de moiti en se dessechant, ce qui en altere aussi la qualit.

3. Le noyer fruit tendre, cette espece est la meilleure pour la qualit de la noix; sa coquille est blanche, & elle se casse trs - aisment; c'est celle qu'il faut semer par prfrence.

4. Le noyer fruit dur ou la noix froce; cette noix est petite & si dure qu'on a peine la casser, & encore plus en retirer l'amande; elle n'est propre qu' faire de l'huile. Mais le bois de cette espece de noyer est d'excellente qualit; il est plus dur, plus fort, plus vein, & plus beau que le bois de toutes les autres sortes de noyers.

5. Le noyer feuilles denteles; cette espece ne s'leve qu' une mdiocre hauteur, sa feuille est plus petite que celle du noyer commun, & sa noix plus longue.

6. Le noyer de la S. Jean; cette espece est ainsi nomme, parce qu'elle ne commence pousser des feuilles qu'au commencement du mois de Juin, & que sa verdure n'est complette qu' la S. Jean. Cette singularit ne fait pas le seul mrite de ce noyer, c'est une espece prcieuse. Dans plusieurs provinces du royaume, en Bourgogne sur - tout, les autres noyers qui commencent pousser ds le commencement de Mai sont sujettes tre endommags par les geles de printems qui perdent en mme tems le fruit, au lieu que le noyer de la S. Jean ne commenant pousser que quand la saison est assre, n'est jamais sujet cet inconvnient. Cet avantage devroit bien engager multiplier cet arbre, dont la noix qui est trs - bonne mrit presque aussitt que les autres.

Il y a encore le noyer petit fruit, le noyer feuilles dcoupes, le noyer grappes, & le noyer qui donne du fruit deux fois l'an. Ce sont des especes si rares qu'on ne les voit nulle part, & qu'on ne les trouve que dans les nomenclatures de Botanique.

Noyers d'Amrique. 1. Le noyer noir de Virginie fruit long, cet arbre se trouve aussi dans le Canada & sur toutes les ctes maritimes de l'Amrique septentrionale. Il fait de lui - mme une tige droite, & s'leve une grande hauteur; son corce est un peu brune & fort unie, ses racines sont noires, abondantes & garnies de chevelu; elles font rarement le pivot: sa feuille, dans les jeunes arbres, a souvent deux pis de longueur, elle est compose de diffrentes quantits de follioles qui sont quelquefois jusqu'au nombre de vingt un, & communment de treize; celles du milieu de la cte sont les plus longues, & celles de l'extrmit les plus petites; elles sont d'un verd tendre, un peu jauntre, & en tout d'une belle apparence; leur odeur n'est ni forte, ni dsagrable; elles commencent pousser quinze jours plutt que celles du noyer ordinaire. Les noix paroissent aussi plutt, elles sont bonnes manger en cerneaux des les premiers jours de Juillet, & leur chte sur la fin d'Aot annonce leur maturit: elles ont communment deux pouces & demi de longueur, avec leur brou, sur quatre pouces de circonfrence. Ce brou, lorsqu'il est frais, a une assez forte odeur de trbenthine; & au lieu d'tre lisse en - dessus, il est vlout & poiss de faon tenir aux doigts. La coquille de cette noix est sans csure, profondement sillonne, & si dure, qu'il faut un marteau pour la casser: en frappant sur la pointe de la noix, on vient mieux bout de conserver l'amande; mais il faut de l'adresse pour la tirer, parce que le zeste qui la spare est aussi ligneux que la coquille. Cette amande est seulement divise en deux parties jusqu'au milieu, en sorte qu'en son entier elle ne reprsente que la moiti de nos noix. Ce noyer est plus robuste que ceux d'Europe, & rarement les geles de printems lui causent du dommage, mais il est plus tardif donner du fruit, & il en rapporte beaucoup moins. Il lui faut une terre franche & grasse; il se plat dans le fond des valles, & dans les lieux un peu humide; mais il craint les lieux secs & levs, & il dprit bientt dans les terreins sablonneux, ou trop superficiels. Il y quitte ses feuilles de bonne heure; & quand la saison est seche, elles commencent tomber ds le mois de Septembre. On le multiplie comme nos noyers, & sans qu'il soit besoin de prcaution pour le disposer la transplantation: il y russit, on ne peut plus aisement, parce qu'il est toujours bien fourni de racines, & qu'il fait rarement un pivot. Souvent il arrive que les noix ne levent que la deuxieme ou troisieme anne, cause de la duret de leur coquille. Il ne faut aucune culture cet arbre: il est plus sauvage, plus agreste que les noyers ordinaires, & il y a lieu de prsumer qu'il russiroit dans les bois, parce qu'il est naturellement dispos a s'lever. M. Lepage, dans sa relation sur la Louisianne, fait mention qu'il avoit dans sa concession un bois de haute futaye de ces arbres d'environ 150 arpens.

Les noix de Virginie sont trs - bonnes manger en cerneaux, elles sont molleuses, moins cassantes, d'un got plus fin, & de plus facile digestion que les noix ordinaires: elles sont si bien enveloppes de leur coquille, qu'elles se conservent dans leur fracheur jusqu' la fin de l'hiver. Cette noix est qualifie noire, parce que le brou qui est d'une substance un peu seche & rsineuse s'applique la coquille la faveur des sillons, & se noircit en se fltrissant: d'autres prtendent que c'est cause de la couleur noirtre du bois. Suivant le rapport des voyageurs, sur - tout de M. Lepage que j'ai dja cit, cette noix rend beaucoup d'huile, & les naturels de la Louisianne en font du pain.

Le bois de ce noyer est noirtre, vein, trs poreux & cassant; il a cependant du soutien, & il est de trs - longue dure dans la terre & dans l'eau: il parot trs - propre la Menuiserie & aux ouvrages des Ebenistes & des Tourneurs.

Il y a dja en Bourgogne beaucoup de ces arbres qui commencent rapporter du fruit, & il y a lieu de croire qu'il y sera bientt rpandu.

2. Le noyer noir de Virginie fruit rond. La forme [p. 272] de la noix fait la seule diffrence qu'il y ait entre cet arbre & le prcdent. Je n'ai qu'un seul plan de ce noyer qui n'a pas encore donn de fruit, quoiqu'il soit g de plus de 20 ans. Selon M. Miller, cet arbre en rapporte beaucoup en Angleterre.

3. Le noyer blanc de Virginie ou l'hickery est un petit arbre qui ne s'leve en France qu' 12 ou 15 pis. Il fait une tige droite fort mince, & jette peu de branches latrales, en sorte que sa tte est fort petite. Quand on touche les boutons de cet arbre pendant l'hiver, ils rendent un odeur douce, aromatique & fort agrable: son corce est brute & d'un gris terne: sa racine est peu garnie de fibres & pivote: sa feuille ressemble celle des noyers d'Europe, mais elle est dentele d'un verd plus clair & jauntre; elle n'a presque point d'odeur: son fruit est de la grosseur & de la forme d'une petite chtaigne. Il est couvert d'un brou, lisse, brun, mince & sec, la coquille de la noix est blanche, lisse & assez tendre. L'amande est trs - blanche, d'un got approchant de celui de la faine, mais un peu trop pre pour tre bonne manger. Cet arbre est trs robuste, il craint plus le chaud que le froid, il ne lui faut qu'un terrein mdiocre, pourv qu'il y ait de la profondeur: il se plat sur les lieux levs, & sur - tout dans les cteaux exposs au levant & au nord: il se soutient nanmoins en pays plat dans une terre franche, mais son accroissement en est considrablement retard: il russit trs - difficilement la transplantation, moins qu'on n'ait e la prcaution de lui couper de bonne heure le pivot. J'ai plusieurs plants de ce noyer qui, quoiqu'gs de 18 ans, n'ont que 9 10 pis de haut sur environ 3 pouces de circonfrence, ils n'ont point encore donn de fruit. Le bois de cet arbre est blanc, compacte, assez dur & fort liant.

On trouve quantit de varits de cet arbre dans l'Amrique septentrionale. J'ai vu de sept sortes de noix de cette espece de noyer, fort diffrentes les unes des autres, il y en a de douces, d'ameres & d'pres; coquille plus ou moins dure, plus ou moins paisse; tantt lisse, tantt angleuse. On trouve dans Catesbi la description de quelques - uns de ces arbres, mais ces descriptions ne sont pas assez dtailles pour en donner une ide bien distincte. Quoiqu'il y ait dja beaucoup de ces arbres en Angleterre, ils sont encore extrmement rares en France.

4. Le noyer de la Louisianne ou le pacanier est un arbre de moyenne grandeur, qui vient assez communment dans les climats temprs de l'Amrique septentrionale: il fait une tige droite, & il tend beaucoup sa tte; ses racines sont fort longues, peu garnies de chevelu, & il ne parot pas qu'elles fassent de pivot: son corce, 12 ou 15 ans, se gerse, & devient rude & ingale; elle est d'une couleur cendre & obscure: sa feuille a communment un pi & jusqu' un pi & demi de longueur; elle est ordinairement compose de quinze follioles: mais quand l'arbre est dans sa premiere force & qu'il pousse vigoureusement, il donne quelquefois des feuilles qui ont jusqu' trois pis de longueur, & qui sont composes de vingt - un follioles. Cette feuille est du caractere de celle du noyer noir de Virginie, elle a de mme ses folioles du milieu plus longs & plus larges, & celle qui termine est la plus petite de toutes. Quoi qu'en dise M. Linnaeus qui, dans ses especes, a mis cet arbre au rang des noyers blancs d'Amrique, dont les feuilles sont d'un arrangement tout diffrent, la feuille du pacanier est lisse, dentele, sans odeur & d'une belle verdure, quoique fonce. Cet arbre au premier coup - d'oeil a l'apparence d'un frne. La noix que les naturels du pays nomment pacane, a la figure d'une olive, elle est longue, trs - lisse & pointue son extrmit. Les pacanes ont un pouce & demi ou deux pouces de longueur sur deux de circonfrence. Je n'ai pas v leur brou, parce qu'on les envoie toujours cales, ce qui fait prsumer que le brou s'en spare aisment. La coquille de cette noix est si tendre, qu'on la casse aisment entre les doigts; elle est d'une couleur de noisette. L'amande est de la mme forme que celle des noyers d'Europe, si ce n'est qu'elle est fort alonge, moins huileuse & d'un got dlicat, plus fin que nos noix, & fort approchant de celui des noisettes: on en fait en Amrique des pralines excellentes.

Cet arbre, quoique robuste & bien venant dans ce climat ( Montbard en Bourgogne), ne parot guere dispos donner du fruit. J'en ai un plant qui est g de 23 ans, qui a 15 pis de haut sur 4 pouces de diametre, cependant il n'en a point encore port, ni mme des chatons. Ses feuilles ne paroissent qu'au commencement de Mai, & elles ne tombent qu'aprs les premieres geles. Les follioles qui composent la feuille de ce noyer sont plus troites, plus longues & plus rassembles que celles du noyer noir. Le pacanier russit aisment la transplantation dans sa jeunesse, mais il me parot qu'il reprend trs - difficilement lorsqu'il est form; ceux qui ont t transplants dans leur force n'ont pas repris. Je me suis assr aussi qu'il faut cet arbre une bonne terre franche, un peu humide, mi - cte & expose au midi. On ne peut multiplier cet arbre qu'en semant ses noix, dont la plpart ne levent que la seconde anne. Art. de M. Daubenton, subdlgu.

Noyer (Page 11:272)

Noyer (Pharmac. Mat. md. & Dite.) On emploie en Mdecine, ses feuilles, ses fleurs ou chatons & ses fruits, soit verts, soit mrs; son corce intrieure dessche est fort mtique; ses chatons le sont encore, mais beaucoup moins. Mais ces deux parties du noyer ne sont point usites, quoiqu'on pt vraissemblablement en faire quelque usage pour les gens de la campagne.

Des auteurs assurent encore que le suc de la racine purge violemment, & d'autres, que le suc de ces mmes parties ouvertes par la terebration excite puissamment les urines. Ce sont l encore des remedes peu prouvs.

Les feuilles de noyer sont recommandes contre la goutte, appliques en forme de cataplasme sur la partie malade. C'est encore ici un remede dont la vertu n'est pas constate par l'observation. M. Donsen - Bray a propos dans les Mmoires de l'acadmie royale des Sciences, anne 1741, de bouchonner les chevaux avec une ponge trempe dans la dcoction des feuilles de noyer ou des cales de noix, ou bien avec le marc de cette dcoction, pour les prserver de la piqure des mouches.

Les fruits du noyer, ou les noix ordinaires vertes n'ont d'autre emploi mdicinal que d'tre un des ingrdiens de l'eau appelle l'eau des trois noix. L'corce ou cale dont elles sont recouvertes, annonce cependant par sa saveur austere & vitriolique une vertu puissamment styptique, dont on pourroit tirer parti dans l'occasion.

Les noix mres contiennent une semence ou amande, qui est un aliment fort usit, & qui n'est point mal - sain, lorsqu'on mange ce fruit frais ou en cerneaux, assaisonn avec une bonne quantit de sel & de poivre. La noix seche que l'on mange avec la peau dont elle est recouverte, irrite le palais & le gosier, jusqu' causer des aphthes aux personnes dlicates & qui n'y sont point accoutumes. Elle chauffe, & excite la soif & la toux; on prvient ces mauvais effets, en la faisant tremper dans de l'eau, & en la dpouillant de sa peau qui s'en spare alors fort aisment. La noix est encore trs sujette rancir en vieillissant. On reconnot cet tat [p. 273] une couleur jauntre, un aspect huileux & un got trs - cre. Cet tat ne se corrige point, & une pareille noix doit tre absolument rejette. En gnral, quoique la noix fournisse un aliment assez savoureux & apptissant, sur - tout mange avec du pain, selon le commun proverbe, on peut assurer cependant que c'est l une mauvaise nourriture.

Les noix fournissent une quantit considrable d'huile par expression, qui n'a que les qualits communes de cette espece d'huile, voyez Huile. Les noix vertes confites lchent doucement le ventre, prises la quantit de deux ou trois, s'il faut en croire Ray qui assure l'avoir expriment sur lui - mme.

Eau des trois noix. Prenez des chatons ou fleurs de noyer, tant que vous voudrez; faites - les infuser dans suffisante quantit d'eau commune, ou d'eau de trois noix de l'anne prcdente distille; prenez ensuite, dans la saison, des noix vertes encore tendres; pilez les; faites les macrer pendant 24 heures dans votre premiere eau distille, & faites une seconde distillation; enfin, prenez dans la saison convenable, des noix presque mres; pilez - les, & faites - les macrer pendant 24 heures dans le produit de votre seconde distillation; distillez pour la troisieme fois: l'eau que vous obtiendrez, est l'eau des trois noix.

M. Baron prtend dans ses notes sur Lemery, qu'au lieu de cohober l'eau distille des fleurs de noyer sur les noix vertes & sur les noix bonnes confire, il vaudroit mieux n'employer que les fleurs de noyer, les employer en plus grande quantit, & ne les distiller qu'une fois. Cette remarque est sans doute judicieuse, & principalement en ce qu'elle porte sur la rforme de l'usage purile de faire cette eau en trois termes, en trois saisons, & qu'elle dtruit l'opinion trop favorable que les Pharmacologistes se sont successivement transmise sur les principes volatils des noix vertes & des noix bonnes confire. Je ne voudrois pas prononcer cependant que ces noix ne contiennent absolument aucun principe mobile. J'cris ceci au milieu de l'hiver, le ne saurois vrifier ce fait: mais il me semble que les noix, dans ces deux tats, sont aromatiques, & mme trs aromatiques. Secondement, pour avoir une eau de noix aussi charge qu'il ft possible, j'aimerois mieux conseiller de la cohober deux ou plusieurs fois sur de nouvelles fleurs, que de ne demander qu'une seule distillation.

Cette eau est fort recommande contre ce qu'on appelle la malignit dans les maladies aigus; elle est regarde comme un excellent anti hystrique, comme un bon stomachique, comme un excellent carminatif, & sur tout comme poussant trs - efficacement par les sueurs & par les urines, & devenant par l une sorte de spcifique dans l'hydropisie. Geoffroi rapporte que la femme d'un apoticaire de Paris fut guri de cette maladie, par cette seule eau dont elle prenoit six onces de quatre en quatre heures, aprs avoir tent inutilement plusieurs autres remedes.

Le rob ou extrait de noix, connu dans les anciennes pharmacopes, sous le nom de dianucum, & qui est fort peu en usage aujourd'hui, peut se retirer par l'vaporation du rsidu de la distillation des noix bonnes confire, c'est - - dire de la troisieme distillation excute pour la prparation de l'eau des trois noix selon l'ancienne mthode. On peut aussi faire dessein une forte dcoction de noix, & en retirer un rob ou extrait selon l'art.

Source Encyclopdie ou Dictionnaire raisonn des sciences, des arts et des mtiers, par une Socit de Gens de lettres rdig entre 1751 et 1772 sous la direction de Diderot.

 

 


 14,50 €
descriptif d'achat Planfor

Toutes les offres d'achat : Noyer

Derniers commentaires sur cet arbre

    Aucun commentaire pour l'instant.

ajouter votre commentaire

notez les arbres/arbustes

crire ou rejoindre les amis des arbres
     · Plan du site · Glossaire · Forum · Liens ·
     
· ajouter aux favoris l'auteur Contribution · livre d'or · Les passions, voyages, 1500 pomes, La Fontaine
Copyright 2000 · 2021 - Le contenu est mis disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - 2.0 France
Pas dUtilisation Commerciale

Politique de confidentialité
Scurit du site Web