CORMIER, (Hist. nat. bot. & Jard.) [Auteur: Daubenton, Pierre] (Page 4:242)

CORMIER, s. m. (Hist. nat. bot. & Jard.) grand arbre qui croît dans les climats tempérés de l'Europe, où on le trouve dans les bois; mais non pas en aussi grand nombre que les autres arbres forestiers, qui se plaisent sous la même température. Le cormier fait une belle tige, longue, droite, unie, & d'une grosseur bien proportionnée. Ses branches, qui se soûtiennent & se rassemblent, forment une tête assez réguliere. Ses racines, qui sont grosses & fortes, s'enfoncent plus qu'elles ne s'étendent. Son écorce est de couleur fauve sur les pousses d'un an; les branches, d'un pouce de diametre, sont marquetées de taches blanchâtres, qui s'étendent & couvrent le bois lorsqu'il devient de la grosseur du bras: mais dès qu'il prend plus de volume, son écorce rembrunit par les gersures qui la déchirent & la font tomber par filandres. Sa feuille, en façon d'aile, est composée de treize ou quinze folioles oblongues & dentelées, qui sont velues & blanchâtres en - dessous. Il donne au mois de Mai des fleurs d'un blanc sale, disposées en bouquet. Le fruit qui leur succede ressemble ordinairement à une petite poire; cependant il varie de forme, & même de couleur & de goût, selon les différentes especes de cet arbre, mais sa maturité s'opere différemment de celle des autres fruits; ce n'est qu'après qu'elles sont cueillies, que les cormes s'amollissent en contractant une sorte de pourriture qui les rend supportables au goût. Aussi n'est - ce pas ce que cet arbre a de plus recommandable; on l'estime bien plus pour l'excellente qualité de son bois, dont la solidité, la force & la durée le font rechercher pour quantité d'usages, auxquels ces conditions sont absolument essentielles.

Le bois du cormier étant donc extrèmement compacte & dur, il en résulte que son accroissement est beaucoup plus lent que celui des autres arbres. Quand on l'éleve de semence, il ne parvient en quatre ans qu'à deux piés de hauteur environ; le saule, au contraire, le peuplier, les grands érables, le platane, &c. s'élevent jusqu'à douze piés dans le même espace de tems: ainsi l'accroissement du cormier est donc six fois plus lent que celui des grands arbres qui croissent promptement. Tout est conséquent dans les opérations de la nature: la lenteur de l'accroissement de cet arbre influe aussi sur le tems de la production de son premier fruit, en proportion à - peu - près égale. Ce n'est guere qu'après trente ans qu'il en rapporte, au lieu que les autres grands arbres en donnent la plûpart dès l'âge de sept ans. Nul doute aussi que cette qualité de son bois ne contribue à faire résister cet arbre à toutes les intempéries des saisons. Angran, qui a donné quelques observations sur l'Agriculture, rapporte que le grand hyver de 1709 ne porta aucun préjudice au cormier. On le met, avec raison, au rang des grands arbres. Il s'éleve souvent à plus de cinquante piés, & j'en ai vû qui avoient jusqu'à sept piés de tour dans des terreins qui leur convenoient.

Ceux où le cormier se plaît davantage, sont les terres fortes, limoneuses, substantielles, & même argilleuses, les lieux frais & humides, les places découvertes, & l'exposition du nord: il vient assez bien aussi dans tous les terreins cultivés, & il ne craint que ceux qui sont trop secs, & les situations trop chaudes: l'une ou l'autre de ces deux circonstances l'empêchent également de profiter & de fructifier, à moins pourtant qu'il n'y ait été élevé de semence.

Ce moyen est le plus sûr qu'on puisse employer pour la multiplication du cormier. On pourroit aussi y parvenir en couchant ses branches ou en greffant: mais ces expédiens sont de peu de ressource; & si l'on veut se procurer des plants en certaine quantité, & même des variétés, le seul parti qui convienne est de semer. On peut s'y prendre aussi - tôt que le fruit est en maturité, c'est - à - dire lorsqu'il est suffisamment pourri; ou bien attendre au printems, en prenant la précaution de conserver jusqu'à ce tems les pepins des cormes dans du sable en un lieu sec. Ils ne leveront pour l'ordinaire qu'à l'autre printems. Deux ans après qu'ils auront levé, leur hauteur sera

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d'environ un pié; alors on pourra les mettre en pepiniere, où il faudra les conduire comme les plants de poirier. Après y avoir passé quatre années, ils auront communément quatre piés de haut, & il leur faudra bien encore autant de tems pour qu'ils soient en état d'être transplantés à demeurant. Ainsi en supposant même qu'on ait aidé ces plants par une culture bien suivie, on ne peut guere compter de les avoir un peu forts que dix ou douze ans après les avoir semés.

Mais comme le cormier reussit à la transplantation peut - être mieux qu'aucune autre espece d'arbre, le plus court moyen de s'en procurer quelques plants, sera d'en faire arracher dans les bois: par - là on s'épargnera bien du tems; car ils souffriront la transplantation quoique fort gros. J'en ai vû réussir dans les plantations de M. de Buffon, en ses terres de Bourgogne, qui avoient plus d'un pié de tour, & au moins ving - cinq de hauteur Tout cet acquis de volume ne dispense pas d'attendre encore une dixaine d'années pour les voir donner du fruit. Mais quoique ces arbres reprennent très - aisément à la transplantation, que l'on ne s'imagine pas pour cela qu'il n'y ait qu'à en garnir des terreins incultes pour avoir tout à coup une forêt; on y seroit fort trompé: la premiere année ils y feroient des merveilles, il est vrai; mais les deux ou trois années suivantes leur accroissement diminueroit de plus en plus, jusqu'au point qu'enfin ils ne pousseroient qu'au pié, & qu'alors il faudroit les recéper. Il faut donc à ces arbres transplantés une demi culture, telle qu'ils peuvent la trouver dans les vignes, les enclos, les terres labourables, &c. Mais quand le cormier est venu de semence dans l'endroit même, il réussit presque par - tout sans aucune culture.

On peut greffer cet arbre sur le poirier & sur le pommier, ou il reprend bien rarement; sur le coignassier, suivant le conseil d'Evelyn; & particulierement sur l'aubepin, où il réussit très - bien, au rapport de Porta. Comme le cormier se trouve plus fréquemment en Italie que nulle autre part, on peut s'en rapporter à cet auteur qui étoit Napolitain. Cet arbre peut aussi servir de sujet pour la greffe du poirier, qui y réussit difficilement; du coignassier & de l'aubepin, qui y prennent mieux, mais qui sont des objets indifférens.

Les cormes ne laissent pas d'avoir quelqu'utilité: on peut en manger dans le milieu de l'automne, aussitôt que la grande âpreté du suc de ce fruit a été altérée par la fermentation qui en occasionne la pourriture. Les pauvres gens de la campagne en font quelquefois de la boisson; & même ils font moudre de ces fruits secs avec leur blé, lorsqu'il est chargé d'y vraie, pour en atténuer les mauvais effets. Voyez Corme.

Le bois du cormier est rougeâtre, compacte, pesant, & extrèmement dur; d'une grande solidité, d'une forte résistance, & de la plus longue durée; aussi est - il très - recherché pour quantité d'usages. Il est excellent pour la menuiserie, pour faire des poulies, des visses de pressoir, des poupées de tour, des jumelles de presse, & pour toutes les menues garnitures des moulins. Il est très - propre à recevoir la gravure en bois. Les Armuriers s'en servent pour la monture de quelques armes; & les Menuisiers le préferent pour les manches & les garnitures d'affutage de leurs outils. Ce bois est rare, & sort cher; quoiqu'on puisse employer la plus grande partie des branches du cormier, parce qu'il est sans aubier.

Voici les différentes especes ou variétés du cormier les plus connues jusqu'à présent.

Le cormier franc. G'est celui que l'on trouve le plus communément dans les enclos & dans les héritages.

Le cormier à fruit en forme de poire.

Le cormier à fruit en façon d'auf. Les fruits de ces deux dernieres especes sont les plus âpres & les plus austeres de tous.

Le cormier à fruit rouge. Ce fruit est plus gros & d'un meilleur goût que ceux des especes précédentes.

Le cormier à fruit rougeâtre. Ce fruit est aussi gros que celui de l'arbre qui précede, mais inférieur pour le goût.

Le cormier à petit fruit rouge. Ce fruit est moins moelleux & plus tardif que ceux des autres especes; aussi n'est - il pas trop bon à manger.

Le cormier à fruit très - petit. Quoique le fruit de cet arbre soit le plus petit de tous, il est assez agréable au goût.

Le cormier du Levant à feuille de frêne.

Le cormier du Levant à gros fruit jaunâtre. Ces deux dernieres especes sont si rares, qu'on ne les connoît encore que sur le récit de Tournefort, qui les a trouvées dans le voyage qu'il a fait au Levant.

Le cormier sauvage ou le cormier des oiseleurs. Cette espece est très - différente de celles qui précedent, sur - tout des sept premieres, qui ne sont que des variétés occasionnées par la différence des climats ou des terreins. Ce cormier ne fait pas un si grand arbre que tous les autres: il donne de bien meilleure heure au printems de plus grandes feuilles, & d'une verdure plus tendre & plus agréable. Ses fleurs disposées en ombelle, sont plus blanches, plus hatives, & plus belles; elles ont même une odeur qui est supportable de loin. Il y a encore plus de différence dans le fruit de cet arbre; ce sont des baies d'un rouge vif & jaunâtre, qui se font remarquer en automne: quoiqu'elles soient desagreables au goût, & nuisibles à l'estomac, elles sont si recherchées de quelques oiseaux qui en font leurs délices, que cet arbre les attire, & sert particulierement à les piper. Il croît plus promptement, se multiplie plus aisément, & donne bien plûtôt du fruit. Il résiste dans des climats froids, & jusque dans la Laponie. Il vient dans presque tous les terreins; il se plaît également dans les fonds marécageux, & sur la crête des montagnes. On peut même tirer quelque parti de cet arbre pour l'agrément: il montre tout des premiers, & des le mois de Mars, une verdure complette, qui jointe à ses fleurs en grands ombelles qui paroissent à la fin d'Avril, & à la belle apparence de ses fruits en automne, doit lui mériter d'avoir place dans les plus jolis bosquets.

On peut le multiplier de graines qu'il faut semer au mois d'Octobre, & qui leveront au printems suivant; ou bien par sa greffe, que j'ai vû réussir parfaitement sur l'aubepin, si ce n'est que par ce moyen l'arbre ne s'éleve guere qu'à douze ou quinze piés; ce qui est fort au - dessous du volume qu'il peut acquérir lorsqu'il est venu de semence. M. Miller dit en avoir vû dans quelques contrées d'Angleterre qui avoient près de quarante piés de hauteur sur deux piés de diametre, mais que dans d'autres endroits cet arbre ne s'élevoit qu'à vingt piés. Sa tige est menue, fort droite, & d'une belle écorce unie où la couleur fauve domine. Son bois est fort estimé pour le charronnage & pour d'autres usages, parce qu'il est tout de coeur, & presqu'aussi dur que celui du cormier ordinaire.

La plûpart des auteurs françois qui ont traité de l'Agriculture, ont souvent donné au cormier le nom de sorbier, & ont employé ces deux noms indifféremment en traitant du cormier. Ne s'entendroit - on pas mieux par la suite si on ne donnoit le nom de cormier qu'aux neuf premieres especes que j'ai rapportées, & si on appliquoit particulierement le nom de sorbier à la derniere espece, qui se distingue des autres par des différences si sensibles? (c)

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Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une Société de Gens de lettres (1751-1772)
Publié sous la direction de Diderot et d'Alembert
Scanné et mis au format électronique par l'Université de Chicago

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