Palmier-dattier, (Botan.) [Auteur: Jaucourt] (Page 11:795)

Palmier - dattier, (Botan.) arbre célebre par bien des endroits, & peut - être celui dont les auteurs sacrés & profanes ont le plus parlé. Les Poëtes l'ont consacré aux héros & à la victoire. Il sert d'un des plus heureux symboles pour le blason, pour les emblèmes, pour les médailles, & pour les devises. Il est regardé comme le type de l'amour conjugal, de la santé, de la fécondité, & de la conservation des empires. On connoît une médaille d'Adrien, sur le renvers de laquelle, Sabine debout, tient une palme de la main droite, & de l'autre une corne d'abondance, accompagnée de deux petits enfans, l'un mâle & l'autre femelle, avec cette inscription, hilaritas populi romani, « le bonheur du peuple romain ». Personne n'ignore que Marie Stuart, cette princesse malheureuse, qui ne fut jamais plus digne de grace qu'au moment qu'elle reçut l'arrêt de sa mort, avoit pris pour devise dans sa prison une palme courbée sous le faix, & se relevant, avec ces mots: ponderibus virtus innata resistit, « la vertu sous le poids, ne peut être accablée ».

Si l'on osoit ici mêler quelque chose de plus sérieux à ces idées poétiques, il semble qu'on pourroit dire que le palmier a reçu un nouveau lustre pour nous, depuis qu'il a fourni des vêtemens, de la nourriture, & des remedes à tant de chrétiens & de solitaires, qui ont si long - tems habité les deserts de l'Egypte où il croît en abondance.

Enfin quand l'on examine le palmier en naturaliste, l'on s'apperçoit qu'il mérite à tous égards l'attention du physicien. Son tronc sans écorce, garanti par des queues de branches feuillées, placées symmétriquement; ce même tronc dans sa vieillesse, portant au sommet des boutons pleins d'une substance médullaire qui, étant enlevée, fait périr l'arbre; ses grappes branchues sortant des aisselles feuillées. & ayant chacune leur enveloppe; ses côtes, ses épines, ses fleurs servant à féconder le palmier femelle; l'ordre de leur production, le fruit qui en - vient, ses degrés d'accroissement & de maturité; tout cela, dis - je, est extrèmement digne de notre curiosité. Mais plus ce qui regarde le palmier - dattier est intéressant, & plus on est avide de le connoître avec exactitude, & de démêler le vrai du faux dans les relations qu'on en a faites. Kaempfer est presque le seul qui ait décrit cette plante avec intelligence, avec fidélité, & en homme du métier; c'est aussi dans ses mémoires que j'en puiserai la description.

Cet arbre est nommé par les Botanistes, palma; par excellence, palma major, palma dactilifera; en anglois, the greater palm ou date - tree; en allemand, dattel - baum. Il pousse une racine simple, épaisse, ligneuse, & quelquefois deux, selon que le terrein le permet. Elle est environnée vers son collet de menues branches, dont les unes sont tortueuses, simples, nues le plus souvent, & se répandant au loin sur la surface de la terre; les autres sont garnies de fibres très - courtes, le bois est fibré, ferme & pliant, de couleur rousse foncée, d'une saveur acerbe.

Le tronc de cet arbre est droit, simple, sans branches, cylindrique, un peu moins épais vers le sommet, de grosseur & de longueur différente s selon son âge, de sorte cependant que le plus haut surpasse à - peine huit brasses. Il n'a point d'écorce, mais il est garanti, lorsqu'il est jeune, par des queues de branches feuillées, qui restent après qu'on les a coupées, & que l'on appelle chicots. Ils sont placés symmétriquement, au nombre de six, autour du tronc. Lorsque la vieillesse, ou l'injure du tems, les fait tomber, la superficie du tronc est nue, rude au toucher, de couleur fauve, & encore marquée des impressions de l'origine des branches feuillées, de la même maniere que la tige du choux pommé, lorsque ses feuilles sont tombées.

La substance intérieure depuis le sommet jusqu'à la racine, est composée de fibres longitudinales, épaisses, ligneuses, fermes, & cependant si peu unies ensemble par le moyen d'une matiere fongueuse, qu'on peut les séparer avec les doigts. C'est pourquoi le tronc de cet arbre est difficile à couper, par le défaut de solidité. Les troncs d'un an n'ont point de moëlle, mais seulement une espece de nerf ligneux qui se trouve au milieu.

Dans les jeunes troncs, toute la partie intérieure est molle, bonne à manger; dans ceux qui sont plus avancés, il n'y a que le sommet; & dans les vieux troncs, il n'y a que les boutons du sommet où se trouve cette moëlle, dont la substance est blanche, tendre, charnue, cassante, douçâtre & savoureuse. Dioscoride l'appelle ἐγκάρδιον, terme qui signifie moëlle: Théophraste & Galien la nomment ἐγκέφαλος, c'est - à - dire, cerveau. Lorsqu'on coupe cette moëlle, l'arbre meurt, car elle est le germe des nouvelles productions, & le principe des branches qui doivent naître.

Le palmier - dattier est terminé par une seule tête, quoique Théophraste assure, H. Pl. l. II. c. viij. que dans l'Egypte il y en a quelquefois plusieurs; mais

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c'est seulement lorsqu'autour de cette tête, il croît un ou deux rejettons, qui grossissent & se fortifient par la négligence du propriétaire.

La tête, selon les différens états de l'arbre, est composée au - moins de quarante branches feuillées, qui font un bel effet, & qui sont placées circulairement; car au sommet du tronc, il se trouve un grand bourgeon conique, de deux coudées de longueur, grêle, terminé en pointe, & composé de branches feuillées prêtes à se développer; celles de l'intérieur, & qui ne sont pas encore totalement épanouies, l'entourent immédiatement.

Des aisselles des branches feuillées, sortent des grappes branchues, qui ont chacune leur spathe ou enveloppe, & qui portent des fleurs dans le palmier mâle, & des fruits dans le palmier femelle; la branche feuillée est longue d'environ trois brasses, composée de feuilles semblables à celles du roseau, disposées sur une côte de chaque côté dans toute la longueur.

Cette côte est applatie vers son origine, & diminue insensiblement jusqu'à son extrémité; elle est verte, lisse, luisante & jaunâtre à sa base; elle est de même substance que le tronc, mais moins compacte, entremêlée de fibres plus blanches & plus déliées.

On peut considérer dans la côte trois parties; l'une en est la base, l'autre qui est nue, & la derniere qui est chargée de feuilles. La base est la partie insérieure de la côte; elle est attachée & posée sur le tronc en maniere d'écaille, de figure à - peu - près triangulaire, concave intérieurement, mince sur les bords, terminée par un grand nombre de fibres, entrelacées en maniere de tissu, qui sert à réunir les deux bases des côtes intermédiaires - du rang supérieur.

La partie nue, qui s'étend depuis la base jusqu'aux premieres feuilles, est cette portion qui reste après la premiere coupe, & qui dans la seconde est retranchée par ceux qui cultivent les palmiers avec soin, de peur qu'elle retienne l'eau de la pluie. Pline appelle cette partie du nom de pollex, qui signifie chicot.

La derniere partie de la côte est bordée d'épines des deux côtés, & chargée de feuilles dans toute sa longueur.

Les épines sont les jeunes feuilles qui sortent de chaque côté de la côte: les premieres sont courtes & plus écartées; les autres sont plus longues & plus près les unes des autres, jusqu'à ce qu'ayant acquis la longueur d'une coudée, elles prennent peu - à - peu la forme de feuilles. Ces épines sont de la figure d'un cône irrégulier & anguleux, épaisses, dures, en quelque façon ligneuses; leur superficie est luisante, & d'un verd tirant sur le jaune pâle, creusée en gouttiere à la face supérieure; leur pointe est arrondie & de couleur brune; enfin elles s'étendent, & se changent peu - à - peu en feuilles.

Ces feuilles durent toujours; elles font aîlées, de la figure de celle du roseau, en très - grand nombre, courtes d'abord, ensuite longues d'un empan, & bien - tôt après beaucoup davantage, placées jusqu'à l'extrémité de la côte, qui est terminée par une pointe. Elles sont soutenues sur des especes de queues ligneuses, épaisses, de la longueur d'environ un pouce, de figure irréguliere & presque quarrée, fortement attachées à la côte, dont on ne peut les arracher qu'avec violence.

Ces feuilles sont situées obliquement sur une même ligne, & alternativement; elles sont longues d'environ une coudée, larges de deux pouces, de la figure de celles du roseau, fort pointues, pliées en - dessus par le milieu dans toute leur longueur, & d'un verd - pâle des deux côtés. De plus, elles sont dures, tendues, roides, ayant de grosses nervures dans toute leur longueur.

L'enveloppe faite en forme de réseau, est rude, grossiere, composée de fils inégaux, épais, anguleux, un peu applatis, roides. Dans les jeunes palmiers, & sur - tout autour des branches feuillées du sommet, cette enveloppe est épaisse, d'un jaune - foncé, & large d'un empan: dans les vieux palmiers, & surtout autour des vieilles branches feuillées, elle est d'un roux - noirâtre.

Le palmier qui vient de lui - même des racines d'un autre, comme dans son sein maternel, commence à donner des fruits quatre ans après qu'on l'a transplanté lorsque le terroir est fertile; & six ou sept ans après, s'il se trouve dans un lieu stérile: mais celui qui vient d'un noyau, est bien plus long - tems à donner du fruit. Le palmier ne porte son fruit qu'au haut de son tronc, & aux aisselles des branches feuillées, qui sont garnies de grandes grappes en forme de balais, lesquelles étant encore jeunes, sont renfermées chacune dans une gaîne presque coriace.

Les Romains donnoient le nom de spadix à ces grappes, & celui de spathae à leurs enveloppes: mots qu'ils ont empruntés de la langue greque. On ne sauroit distinguer par l'extérieur les grappes du palmier femelle, lorsqu'elles sont encore cachées dans leurs gaînes.

Les palmiers - dattiers, soit mâle, soit femelle, gardent l'ordre suivant dans la production de leurs différentes fleurs. Au commencement du mois de Février, & peut - être plutôt, ces arbres font éclorre leurs boutons dans les aisselles des branches feuillées - Les spathes croissent peu - à - peu, & grossissent tellement, par la quantité de fleurs qu'elles portent, que le mois suivant elles s'entrouvrent dans leur longueur, & laissent sortir un corps solide, semblable à une truffe. Ce corps solide, étant dégagé de son enveloppe, prend la figure d'une grappe composée d'un grand nombre de pédicules, qui soutiennent de petites fleurs dans le palmier mâle, & des especes de petites prunes dans le palmier femelle.

Les fleurs servent à féconder le palmier femelle, dont les fruits mûrissent lentement, & seulement dans l'espace de cinq mois. Les spathes durent peu de tems, se fanent, se sechent, & doivent être retranchées par ceux qui cultivent soigneusement ces arbres.

La spathe a la figure d'une masse ligneuse; sa surface externe est couverte d'un duvet mollet, épais, très - court, de couleur rousse - foncée; sa surface intérieure est blanche, lisse, humide, & en quelque façon muqueuse; sa substance est semblable à celle d'une écorce sillonnée, fibreuse. Elle est pliante, lorsqu'elle est seche, & semblable à du cuir.

Le tuyau qui recouvre la queue de la grappe, est applati, recourbé, de la figure d'un fourreau de cimeterre, long d'une coudée, gros d'un pouce, large de trois. Le ventre a une coudée de longueur, une palme de largeur, & trois pouces d'épaisseur, lorsqu'il est prêt à s'ouvrir.

La grappe mâle est parsemée de petites fleurs en grand nombre. Elle porte deux cens pédicules, dont les plus courts soutiennent quarante petites fleurs, les moyens soixante, les plus longs quatre - vingt. Ces petites fleurs moins grandes que celles du muguet, sont à trois pétales, d'une couleur blanchâtre, tirant sur le jaune - pâle, & d'une odeur desagréable; les pétales de ces petites fleurs, sont droits, charnus, fermes; les étamines sont velues, roides, très - courtes, blanchâtres, terminées par des petits sommets, remplis de poussiere très - fine.

Sur la fin du mois de Février, & au commencement du mois de Mars, les spathes se rompent, les grappes femelles paroissent; & peu de jours après, ayant quitté leurs enveloppes, elles sont nues, portant les embryons des fruits, enveloppés de deux petits calices, dont l'un est extérieur & plus court, &

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l'autre qui est intérieur, enveloppe immédiatement le fruit presque tout entier.

Ces embryons sont en très - grand nombre sur une grappe; ils ressemblent aux grains de poivre pour la grosseur & la rondeur; leur superficie est luisante & blanche, leur goût est acerbe. Dans le mois de Mai, ces fruits acquierent la grosseur de nos cerises, & ils sont d'une couleur herbacée. Au commencement de Juin, ils ressemblent à des olives pour la figure & la grosseur; leurs osselets se durcissent, leur chair perd de son humidité, & devient plus solide. Ils mûrissent dans le mois d'Août; ils ne s'amollissent pas dans toute leur substance, mais ils acquierent d'abord une tache molle comme celle d'une pomme qui se pourrit; cette tache s'étend peu - à - peu, & toute sa substance qui étoit verte, se change en une pulpe fort douce & d'un goût vineux dans la maturité. On nomme ces fruits dattes. Voyez Dattes.

Le noyau est solide comme de la corne, dur & ferme; sa superficie est de la couleur des pepins de raisins, & d'un gris plus ou moins délayé; sa substance interne est panachée à - peu - près comme la noix muscade, de figure longue, & quelquefois en toupie recourbée, convexe d'un côté, & partagée de l'autre dans sa longueur par un sillon. La moëlle qui est dans ce noyau, n'est pas telle que Ray l'a crû, ni telle qu'il s'est persuadé qu'on pouvoit la retirer, lorsqu'on l'a amollie dans la terre.

Le palmier - dattier se plaît dans les pays brûlans, & aime une terre sablonneuse, légere & nitreuse. Il s'éleve du noyau, ou des racines d'un autre palmier. Lorsqu'on seme des noyaux, il en vient des palmiers mâles & femelles: mais lorsqu'on plante des racines, les palmiers qui naissent suivent le sexe de leurs meres - racines.

On plante dans la terre au printems, ou dans toute autre saison, les jeunes pousses de deux ou de trois ans, & on les arrose pendant l'été: on extirpe celles qui pullulent autour du tronc du palmier: on a grand soin d'en ôter les teignes, les fourmis & les sauterelles, insectes fort nuisibles à ces arbres.

Lorsqu'ils sont en état de porter des fleurs, ceux qui les cultivent, doivent travailler à les rendre féconds, & en retirer beaucoup de fruit. C'est pourquoi, sur la fin de Février, ils cueillent au sommet de l'arbre les spathes mâles remplies de leurs fleurs, propres à féconder les grappes femelles. Ils ouvrent ces spathes mâles dans leur longueur, ils en ôtent les grappes, dont les fleurs ne sont pas encore épanouies; ils partagent ces grappes en de petites baguettes fourchues, & ils les placent sur les grappes femelles.

Les uns emploient ces baguettes encore vertes, & les mettent aussi - tôt sur les grappes femelles qui commencent à paroître: d'autres sechent auparavant ces baguettes, & les gardent jusqu'au mois de Mars, tems auquel les matrices sont toutes ouvertes, & deviennent fécondes par une seule & même opération. Ils placent transversalement ces baguettes fourchues au milieu de la grappe femelle, ou bien ils les attachent de façon que les vents ne puissent pas les emporter, mais de sorte qu'elles y restent quelque tems, jusqu'à ce que les jeunes embryons aient acquis de la vigueur, étant couverts de la poussiere séminale des petites fleurs, dont sont chargées les baguettes fourchues. Les habitans des déserts réiterent quelquefois cette opération, mais les Perses & les Arabes se contentent d'en faire une seule avec soin.

Les grappes femelles deviennent encore fécondes sans le secours de l'homme, par le moyen de l'air qui transporte la poussiere féconde du palmier mâle sur le palmier femelle: ainsi, quoique les personnes qui cultivent les palmiers, distribuent ces baguettes sur tous les palmiers femelles, ceux qui sont autour des palmiers mâles, reçoivent encore, sans le secours de l'art, la poussiere des fleurs.

Les paysans qui habitent les lieux abondans en palmiers, emploient leur tronc, à la place de pieux & de poutres, pour soutenir leurs toîts, & servir de charpente à leurs chaumieres; ils ferment tout le reste grossierement avec des branches feuillées de palmier, sans clous, sans regle, sans art, & sans industrie. Le palmier leur fournit encore quelques meubles nécessaires; ils font des fagots avec des branches feuillées, des balais avec les grappes, des vases, & des plats avec les spathes ou enveloppes, auxquelles ils donnent la figure qu'ils veulent; ils font des chaussures & des cordes très - fortes pour leur marine avec les hampes des grappes. Ils se nourrissent de la moelle du sommet, & tirent grand parti des dattes.

Le palmier - dattier vient de lui - même en plusieurs pays; il est cultivé dans l'Afrique, où il produit beaucoup d'excellens fruits, aussi - bien que dans la Syrie & la Perse. On le cultive en Grece, en Italie, & dans les provinces méridionales de la France; mais il y produit rarement des fruits, & ceux qu'il y produit ne mûrissent jamais. Cela ne viendroit - il point de ce qu'il n'y a pas de palmier mâle!

Du - moins Pline, Théophraste, ont dit autrefois, ensuite Prosper Alpin, & Kaempfer, qui par eux - mêmes ont pû faire ces observations, ont confirmé que si un palmier femelle n'a point de mâle dans son voisinage, il ne porte point de fruits, ou que s'il en porte, ils ne viennent jamais à maturité; ils sont âpres, de mauvais goût, sans noyau, & par conséquent sans germe: aussi, pour faire mûrir ces fruits, & pour les féconder, on a soin ou de planter un palmier mâle dans le voisinage, ou de couper des branches du palmier mâle chargées de sommets épanouis, & de les attacher au - dessous du palmier femelle; pourlors il produit de bons fruits, féconds, & en abondance.

Ce fait avoit déja été dit - à M. Tournefort, en 1697, par Adgi Mustapha, homme d'esprit & curieux. Mais ce ne sont pas les seuls palmiers, sur lesquels cette observation se vérifie. La chose est encore très - sensible sur la plûpart des plantes qui portent les fleurs & les fruits sur différens piés, ou sur différens endroits du même pié, pourvû que l'on ait un très - grand soin de couper les étamines, avant qu'elles aient commencé à se développer; ou pourvû que l'on tienne les plantes femelles dans des endroits où la poussiere des étamines ne puisse avoir aucun accès.

Je sai qu'on peut objecter ce que dit M. de Tournefort dans la préface de ses institutions botaniques, qu'il a vû un pié femelle de houblon produire des graines dans le jardin du roi, où il n'y avoit point de pié mâle, ni même dans le voisinage, ensorte que les poussieres ne pouvoient être apportées par le vent, que des îles qui sont vers Charenton, où se trouvoient les piés à fleurs les plus proches. Je ne contesterai point l'éloignement, mais je répondrai que quel que soit cet éloignement, il ne nuit en rien, pourvû que le vent puisse apporter les poussieres; or cela n'est pas impossible. Nous en avons un bel exemple allégué par Jovianus Pontanus, précepteur d'Alphonse, roi de Naples: il raconte que l'on vit de son tems deux palmiers, l'un mâle cultivé à Brindes, & l'autre femelle élevé dans les bois d'Otrante; que ce dernier fut plusieurs années sans porter du fruit, jusqu'à ce qu'enfin s'étant élevé au - dessus des autres arbres de la forêt, il pût appercevoir, dit le poëte, le palmier mâle de Brindes, quoiqu'il en fût éloigné de plus de quinze lieues, car alors il commença à porter des fruits en abondance, & de fort bons; si donc il ne commença qu'alors à porter des fruits, c'est vraissemblablement parce qu'il commença seulement

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pour - lors à recevoir sur ses branches, & sur les embryons de ses fruits, la poussiere des étamines, que le vent enlevoit de dessus le palmier mâle. Voilà la seule explication tolérable d'un phénomene qui a bien embarrassé les anciens. Ils ne comprenoient point comment le palmier femelle pouvoit être fécondé par le palmier mâle: ils en attribuoient la cause à la sympathie de ces arbres, sans expliquer comment cette sympathie produisoit des fruits. La Fontaine eût dit aux anciens:

Les mystères de leur amour Sont des objets d'expérience, Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour Que d'épuiser cette science. (D. J.)

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une Société de Gens de lettres (1751-1772)
Publié sous la direction de Diderot et d'Alembert
Scanné et mis au format électronique par l'Université de Chicago

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