La Mort et le Bûcheron

Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé, marchoit à pas pesants, Et tâchoit de gagner sa chaumine enfumée. Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde? En est-il un plus pauvre en la machine ronde? Point de pain quelquefois, et jamais de repos: Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier, et la corvée, Lui font d'un malheureux la peinture achevée. Il appelle la Mort; elle vient sans tarder, Lui demande ce qu'il faut faire. C'est, dit-il, afin de m'aider A recharger ce bois; tu ne tarderas guère. Le trépas vient tout guérir; Mais ne bougeons d'où nous sommes: Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes. Jean de La Fontaine (1621-1695), Livre premier - Fable 16

voir toutes les fables de Jean de La Fontaine : lespassions.fr/lafontaine/

     · Plan du site · Glossaire · Forum · Liens ·
     
· ajouter aux favoris · l'auteur · Contribution · livre d'or · Les passions, voyages, 1500 poèmes, La Fontaine
Copyright© 2000 · 2019 - Le contenu est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - 2.0 France
Pas d’Utilisation Commerciale