D’un présent de cerises

À ce beau premier jour de mai,
En lieu de bouquet ou de mai,
Présent vous fais, mes damoiselles,
D’un plat de cerises nouvelles,
Qui se sont, ce pensè-je, hâtées
Pour de vous deux être tâtées,
Car toutes belles nouveautés
Cherchent vos nouvelles beautés.

Voyez ! Est-il chose plus douce ?
Ell’s sont grosses comme le pouce.
Saurait-on voir, que vous en semble,
Rien qui mieux à un cœur ressemble ?
C’est signe que, toutes vos vies,
De mille cœurs serez servies.

Quoi ? ai-je failli à bien dire ?
Qu’est ceci ? Qu’avez-vous à rire ?
Est-ce que, me laissant prêcher,
Vous mettez à les dépêcher ?
Et toujours les plus cramoisies
S’en vont les premières choisies ;
Ne sais, quand l’une à l’autre touche,
Quelle est la cerise ou la bouche,
Tant sont également vermeilles !
Mais qu’y a-t-il ? voici merveilles,
De rire tant, et qui vous boute ?

Sur ma vie que je m’en doute.
Ha ! c’est fait ; je vous vois venir.
Elles vous ont fait souvenir,
À leur forme et à leur liqueur,
De quelque autre cas que d’un cœur ;
Et vous moquez avec raison
De ma lourde comparaison.
Vous l’avez mieux mise à son point !
C’est cela, ne le niez point :
Avouer prêtes je vous vois.
Au moins recevez cette loi
Que celle à qui il adviendra
D’avoir la dernière, viendra
Le confesser sans qu’elle y songe
Ou me baiser pour la mensonge.

Mellin de Saint-Gelais (1490? - 1558)

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